Le merdier ( Le FILM )
Le Merdier (Go Tell the Spartans) | 1978 | VF | Guerre | Burt Lancaster, musique de Dick Halligan
Avec : Burt Lancaster, Craig Wasson, Marc Singer, Joe Unger, Jonathan Goldsmith…
Budget : 1,5 million de dollars
Box-office USA : 3,8 millions de dollars
Box-office France : 267 753 entrées
Box-office Espagne : 289 332 entrées
Au début de la guerre du Vietnam, une petite unité américaine est envoyée occuper un avant-poste isolé dans la jungle. Sous le commandement d’un officier expérimenté, les soldats découvrent rapidement que la mission repose sur des décisions absurdes et mal informées. Confrontés à un ennemi invisible et à un terrain hostile, ils réalisent peu à peu qu’ils sont vulnérables et mal préparés. La tension monte alors que la situation se dégrade, révélant toute l’absurdité et le piège de leur engagement…
Notre avis : Il y a, dans "Le Merdier", quelque chose de profondément à part, presque en avance sur son temps. Sorti en 1978, alors que le cinéma américain commence à peine à digérer le traumatisme vietnamien, le film de Ted Post regarde déjà ailleurs, non pas vers la déflagration spectaculaire, mais vers l’origine du mal. Car ici, tout commence en 1964, à un moment où l’engagement américain n’en est encore qu’à ses prémices. Et c’est précisément là que le film frappe fort, car il montre que le désastre n’est pas une dérive progressive, mais bien une erreur inscrite dès le départ, dans les décisions absurdes, les certitudes aveugles et le mépris du terrain. Cette approche confère au film une dimension presque prophétique. Avant même les grandes fresques hallucinées ou les plongées subjectives dans la folie guerrière ("Apocalypse Now", "Voyage au bout de l’enfer", "Platoon"…), "Le Merdier" pose les bases d’un cinéma anti-militariste lucide, froid, dénué d’héroïsme. Ici, pas de bravoure flamboyante, mais seulement des hommes envoyés au mauvais endroit, pour de mauvaises raisons.
La présence de Burt Lancaster est à cet égard essentielle. Vieillissant, fatigué, grave et d’une sobriété remarquable, il incarne une forme de conscience déjà désabusée, témoin impuissant d’un engrenage qu’il ne comprend que trop bien. Son engagement ne s’est d’ailleurs pas limité à l’écran, car en injectant 150 000 dollars de sa poche pour permettre au film d’être terminé en bonne et due forme, il en devient aussi le garant moral, presque le porte-voix. Ce geste éclaire même d’un jour particulier la tonalité du film. On sent une œuvre fragile, tendue, faite contre les compromis, et qui refuse toute complaisance. Ted Post filme la guerre comme une mécanique absurde, et où chaque décision hiérarchique semble aggraver la situation plutôt que la résoudre.
Dans l’histoire du film de guerre consacré au Vietnam, "Le Merdier" occupe ainsi une place singulière. Moins spectaculaire que ses successeurs, moins immédiatement marquant que les grandes œuvres à venir, il n’en constitue pas moins une pierre angulaire. Il annonce, en creux, tout ce que le genre développera par la suite : la perte de sens, la défiance envers le commandement, et cette idée terrible que la défaite est inscrite dès les premiers pas. Film modeste en apparence, mais d’une intelligence et d’une intégrité rares, "Le Merdier" mérite d’être redécouvert comme l’un des regards les plus précoces et les plus acérés portés sur la guerre du Vietnam. A regarder toutes affaires cessantes sur le Midnight Movie .
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